Trois questions à ISABELLE DREYSSE,
Directrice des aires aéronautiques
de Paris-Charles de Gaulle

COMMENT LES ÉQUIPES DU GROUPE ADP ET PLUS SPÉCIFIQUEMENT CELLES DE PARIS-CHARLES DE GAULLE ONT ELLES PRIS EN COMPTE LA SAISON DERNIÈRE POUR SE PRÉPARER À CETTE SAISON HIVERNALE 2018-2019 ?

La saison hivernale 2017-2018 a été pour nous un excellent exercice, placé sous le signe des records, avec 30 cm de neige cumulés en 19 jours, et 16 cm en 24 heures dès le 5 février 2018 après-midi. Un record depuis les années 60 !

Plus de 4 550 vols ont été dégivrés, avec un autre record à la clé : plus de 500 avions traités sur la seule journée du 6 février 2018. Et pendant tout ce temps, les décollages et  atterrissages n'ont pas cessé.
Suite à la dernière saison, nos équipes n'ont pas chômé, avec plus de 4 500 heures de formation, dont plus de la moitié durant l'été. Nous profitons également de cette période pour réviser les engins.

Cette année à Paris-Charles de Gaulle, ce sont près de 950 collaborateurs et partenaires qui seront mobilisés pour les opérations de déneigement et près de 300 pour les opérations de dégivrage.

Quelles sont les spécificités techniques des opérations de déneigement et de dégivrage au sein d'un aéroport ?

En cas de fortes chutes de neige, nos équipes traitent 828 000 m2 de surface pour les pistes, soit plus de 92 fois la superficie du terrain du Stade de France. Il faut aussi ajouter 100km de voies de circulation avion et 80km de routes de service.

Il est impossible de traiter nos pistes et voies de circulation avion comme une route normale. Pas de sel donc ! Les produits utilisés doivent être compatibles avec l'activité aéronautique, pour ne pas endommager les avions. Ensuite, lorsque l'on circule sur une route enneigée avec notre voiture, nous avons tous le réflexe d'adapter notre conduite et de ralentir.

Mais cela est impossible pour un avion : quelles que soient les conditions météo, il doit s'élancer généralement à plus de 200 km/h pour décoller. Ainsi, pour des raisons évidentes de sécurité, la piste doit donc répondre à des exigences d'adhérence précises pour permettre  les vitesses de décollage et atterrissage, sans aucun danger pour l'avion et ses passagers.

C'est pourquoi nous utilisons des engins dédiés à la mesure d'adhérence à chaque déneigement de piste. Il faut noter également qu'une piste d'atterrissage a des dimensions hors normes par rapport au réseau routier : elle représente quatre fois la largeur d'une autoroute à 2 voies. Nous utilisons donc des engins adaptés que l'on dispose en chevron, de manière à optimiser le temps de déneigement pour rendre la piste disponible le plus rapidement possible.

Outre le déneigement des pistes, l'autre opération indispensable pour la sécurité est le dégivrage des avions : il  permet d’éliminer et de prévenir les dépôts de givre, neige ou glace, qui pourraient affecter les performances aérodynamiques et la manœuvrabilité de l'appareil. A Paris-Charles de Gaulle, c'est le Groupe ADP qui est responsable des opérations de dégivrage, avec 50 engins et 20 aires de dégivrage disponibles.

Quelles sont les nouveautés de cette saison 2018-2019 à Paris-Charles de Gaulle ?

Pour s'adapter à la croissance du trafic aérien, nos aéroports parisiens sont en constante évolution. Les chantiers sont donc nombreux, y compris côté tarmac. Nous devons donc intégrer dans nos livrets de formation ces nouvelles zones en chantier et réaliser nos exercices d'entraînement, pour que les équipes aient bien à l'esprit les nouvelles configurations du terrain.

Nous accueillons aussi cette année un nouveau PC de dégivrage  en remplacement d'un ancien qui va nous permettre d'opérer dans des conditions encore améliorées. Et concernant les engins, nous comptons 6 nouvelles déneigeuses qui intègrent les trains des aires de trafic au terminal 1 et au terminal 2 E. Enfin, nous avons affiné nos stratégies pour mieux évacuer la neige dans des conditions extrêmes, avec des engins dédiés complémentaires.